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    Quand l'Orage gronde

  • Interdiction au plagiat, merci de respecter mon travail. Ce texte m'a fait gagner un concours, vous comprenez donc que j'y attache un amour tout particulier. Il m'a pris environs trois jours d'écriture

     

     

    Elle marchait, le long de la route.

    Goûtant au son que produisaient ses baskets sur le goudron, elle marchait.

    Regardant le ciel, appréciant le soleil qui chauffait sa peau, elle marchait.

    Les arbres défilant lentement à sa vue, le vent sifflotant une douce comptine dans ses oreilles, elle regardait le paysage d'un œil léger et confiant. La voilà, maintenant, bien loin de ce qu'elle était avant.

    Une jeune fille qui avait pris pour obsession, comme nous tous, leurs regards. N'écoutant que leurs mots, leurs messes-basses, leurs gestes...

    Accrochée aux jugements qui se fondaient dans la masse noire et dégoulinante que représente le temps. Comme les tic tac d'une horloge oubliée qui se jouait d'elle, tournant en rond, encore en rond, toujours en rond.

    Elle croyait n'être qu'une vie ignorée parmi toutes celles qui l'écrasaient: riches, merveilleuses, étincelantes.

    Alors, admirative devant tant de superflus, elle n'existait que par ceux-ci. Par celui-ci. Par son regard.

    L'autre, le différent, le supérieur ou le juge. Il était son bourreau et son guide, son repère et son vide. Son tout et son contraire. Elle s'attachait à lui sans lui lancer un regard, un amour agonisant, échangé entre elle et lui, entre le reste du monde, et elle.

    Ce regard créait à lui seul une frontière transparente, qu'elle pensait impossible a éclater. Asservie par sa propre volonté de suivre le mouvement, de rentrer dans le moule, d'être comme lui, comme l'autre, elle niait l'horloge explosée à ses pieds.

    Alors, pour faire passer le temps, ou pour le ralentir, Kate rêvait. Elle rêvait d'ailleurs, d'un monde meilleur, où ses pensées seraient entendues, comprises.

    Chaque rue devenait sa conquise, et elle en faisait, à elle seule, son petit monde, sa petite bulle, perdue au milieu de partout et de nulle part. Kate rêvait. Elle rêvait de l'autre sous toutes ses formes, elle rêvait de beaux paysages, de belles contrées. De ruines, de mers, d'océans, de créatures mystiques aux légendes inventées, de forêts noires et dangereuses, de déserts, de beauté, de laideur, d'envie, d'angoisse. Si bien que, rapidement, ce paysage empli de majestueuses merveilles apparut comme sa vision quotidienne et réaliste d'une fiction imaginaire.

    Ainsi, comme nous tous, elle le devint.

    Elle devint ce regard insistant sur les différences qu'elle avait avec lui. Par peur, mal être, ou simplement par ennui.

    Elle devint l'autre de l'autre, ne se lassant pas de prendre pour sous texte son unique manque de confiance en elle.

    Mais tu sais, l'autre, il est comme elle.

    Il est comme nous tous.

    Notre regard le déchire et l'attire. Si bien que, comme nous, il devient incapable de penser par lui même, tout en croyant penser mieux que les autres. Une boucle infinie dans laquelle Kate se fixait imparfaitement, imaginant être libre, s'imaginant voler.

    Et bientôt, cet amour chimérique dont Kate était éprise devint plus qu'obsessionnel. Comme les secondes saccadées qui bazardent nos vies quotidiennes, pour Kate comme pour nous tous, c'est le même destin. Nous sommes rythmés par l'autre et son regard de braise, qui, si nous le tenons, pourrait nous noyer.

    Et pendant que nous n'y prenons garde, l'autre ne se défait plus de notre regard, et en devient avide.

    L'autre a besoin de soutien mais ne reçoit que du vide.

    L'autre se sens seul, habitant de la marge.

    L'autre se dénigre pour des yeux absents qui le font paniquer. Il avance, tête baissée, gorge serrée, dans ce vide agressant qui le perd.

    L'autre, c'est lui, c'est elle. C'est notre père, notre mère, notre ami, notre enfant. L'autre, c'est Kate, qui pense n'être l'autre de personne.

    C'est celui à qui l'on parle tout les jours et celui que l'on croise une fois, dans la rue, sans un mot. C'est celui que l'on ignore, celui à qui l'on n'ose pas dire bonjour, de peur d'être jugé, celui qui se sentira mis de côté.

    Mais, devant le miroir qui la reflète, Kate compris sa propre bêtise. Elle comprit que si tout le monde est l'autre de l'autre, il y aura toujours des problèmes. Car parfois, l'on peut se montrer cruel ou absent. L'autre peut se montrer dur et méfiant. Nous sommes en éternelle guerre avec ce regard qui nous taille et nous oppresse.

    Que va-t-il en penser, que va-t-elle en dire? Et nous voilà vite pris dans cette cage invisible ou les mots sont nos tortionnaires. Kate est perdue dans un continuel combat contre une version abstraite d'elle même. Il y a elle, et celle qu'elle pense que l'autre verra.

    Ainsi, la voilà trop petite, trop grosse, trop maigre, trop grande. Trop bavarde ou trop réservée. Trop tout ou jamais assez. Un surplus inégal ou un mouton programmé.

    Kate vit alors, de l'autre côté de cette frontière givrée, la réalité. Elle vit derrière le regard de glace, une personnalité.

    Elle comprit que son magique petit monde ne devait pas être enfermé, mais qu'il devait s'étendre, s'entendre.

    Kate avait cette volonté, de toucher ses paysages fabuleux du bout des doigts, de respirer leurs airs, de sentir leurs odeurs.

    Elle su que ce qui faisait d'elle une personne unique ne devrait jamais la freiner.

    L'autre n'est pas une personne. L'autre n'est qu'un regard vide d'émotions et de sens. L'autre n'est qu'un monstre caché sous le lit, écrasé entre deux portes de placard. L'autre n'est rien de plus qu'un cauchemar dont elle se libère l'existence.

    La cage qui l'étouffe est une illusion dont nous sommes tous prisonnier. Mais si elle est transparente, elle est facile à discerner.

    Prend ta masse et brise ce verre, casse toi de cette fausse réalité, avant qu'elle ne te dévore comme nous autre.

    Tu es la seule personne qui devrait avoir le droit de te juger.

    Elle marchait.

    Kate marchait sur la route, où ses désirs devenaient réalité.

    Mais cette-fois, Kate n'y vit pas de mal.

    Elle n'avait plus besoin de sentir l'autre à ses côtés.

    Elle avait toute sa vie devant elle.

    La jeune fille esseulée et triste était bien loin, maintenant. Elle était restée avec l'autre.

    Désormais, au lieu de tourner en rond comme les aiguilles de son horloge brisée, Kate ira uniquement vers l'avant, Kate ira le plus loin possible, jusqu'à ce qu'elle puisse en toucher les étoiles.

    Elle marche. Elle marche, et ne se retournera jamais en arrière.

    Elle n'y peut rien, elle devait faire un choix.

    Un choix entre elle, et son autre. Entre elle, et son mieux.

    Entre Kate, ou le petit monde imaginaire.

     


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